Le massage : ce que les bébés en disent

Publié dans Grandir Autrement nov-déc 2008 N°14

Par Ingrid van den Peereboom

 

Dès leur naissance, nos enfants nous parlent avec leur corps. Les instructeurs de l’Association Internationale en Massage-Bébé sont formés pour accompagner les parents dans une reconnaissance et une prise en compte de ce langage élaboré qu’emploient les bébés pour manifester leurs émotions et leurs besoins. Cela commence, par exemple, par le fait de leur demander leur accord avant de les masser. Grandir Autrement a rencontré Christel Proudhon, Formatrice et Instructrice en massage pour bébé, membre de l’International Association of Infant Massage (IAIM).

 

GA : En quoi la démarche de Vimala Mc Clure, fondatrice de l’IAIM, est-elle unique ?

Christel Proudhon : Le massage de Vimala, qui allie le massage suédois au massage indien et s’inspire de la réflexologie plantaire et du yoga, commence par une étape clé : la demande de permission à l’enfant. Au début de la séance, on demande au bébé : « Tu veux bien que je te masse ? » et on attend la réponse avec un oeil aiguisé. Il fut un temps dans notre association où cette demande était faite à chaque fois qu’on reprenait de l’huile : « tu veux bien que je te masse les jambes ? le ventre ? la poitrine ? etc.», alors que dans le livre de Vimala Mc Clure, Le massage des bébés¹, la « vraie » demande verbalisée ne se fait qu’une fois au début du massage. On a demandé à Vimala de préciser quand on devait faire cette demande et elle a répondu « à chaque seconde ! », illustrant le fait que le parent doit constamment être attentif aux signes du bébé et percevoir ce qu’il ressent et exprime, pour adapter son massage, voire l’arrêter.

 

Encadré : Beaucoup écrivent encore qu’un enfant ne peut maîtriser ses sphincters que lorsqu’il peut monter un escalier ou demander le pot. Or, l’expérience de multiples peuples en hygiène naturelle infantile² montre que les signaux corporels de l’enfant ont un sens bien précis, pourvu qu’on les décode de manière adéquate. De même, en massage-bébé, on ne trouve de précisions sur la demande d’autorisation faite au tout-petit et sur sa réponse que chez les auteurs informés sur le langage non verbal des bébés. Certains semblent passer à côté…

 

Ce n’est donc pas tant que les tout-petits n’expriment pas une demande de massage ou de toucher, mais c’est souvent nous qui ne sommes pas équipés du décodeur adéquat.

Exactement ! Les parents sont tellement stimulés de toutes parts qu’ils n’ont pas le temps d’observer leur bébé. On ne leur a jamais donné de grille d’observation pour les guider, et même s’ils voient des signes, ils n’y mettent pas de sens. L’a priori dominant est que bébé n’a pas un système nerveux suffisamment mature pour s’exprimer. Même les pleurs ne sont pas reconnus comme outil de communication. On leur prête des intentions manipulatrices, à un âge où la manipulation n’est pas possible. Le cours de massage est un temps pour observer l’enfant. L’instructeur peut inciter à ce temps d’observation et donner l’opportunité aux parents de mettre du sens dans leur observation : la répétition cause-effet-signe observée par les parents leur permet de construire le « dictionnaire de bébé ».

 

Cause-effet-signe : pouvez-vous préciser ?

Par exemple, un massage trop rapide (cause) va provoquer une tension (effet) chez le bébé. Il se raidit, peut chercher à retirer sa jambe (signe), voire repousser la main avec l’autre pied (signe). Il fronce les sourcils, se met à tousser ou éternuer (signes plus subtils), etc., jusqu’aux pleurs si nécessaire. Tous ces comportements sont des signes de « désengagement » disant : « quelque chose ne me va pas et je le signifie par une série de signaux qui demandent à être observés et pris en compte ». Dans ce cas, on fait une pause et on voit quel est le besoin du bébé. Sa demande est peutêtre de modifier le massage, ou sa position, voire d’arrêter car il a faim, froid ou sommeil. Ce dialogue avec le parent s’instaure la plupart du temps naturellement.

 

Bulle : Notre cerveau capte beaucoup plus d’informations que nous ne sommes capables de conscientiser et d’analyser. Alors faisons-nous confiance. Le décodeur est en marche !

Le décodeur, ce serait une connaissance préalable au massage ?

Oui. Dès la naissance de leur enfant, les parents développent leur décodeur. Le massage peut accélérer le processus car c’est un temps particulier d’observation. L’instructeur joue le rôle de miroir et valide le fait que les parents lisent les signes de leur enfant. Ils le faisaient peut-être instinctivement jusque-là. Ils en prennent conscience et peuvent se sentir valorisés et compétents vis-à-vis de leur enfant.

 

Comment s’équiper d’un décodeur ?

En réalité, il est en nous et nous sommes programmés pour répondre aux besoins de bébé et pour chercher à le comprendre. Les hormones post-natales stimulent les mères, le contact avec leur enfant stimule les pères à développer une attention toute particulière à l’enfant, à le nourrir quand il a faim et à le protéger de la surstimulation. Mais des éléments extérieurs (notre environnement familial, notre éducation), la surinformation (les média, internet, les livres sur les bébés) sèment la confusion et les parents doutent de leur capacité et de celle du bébé à communiquer véritablement. Pourtant, leur sagesse intérieure, s’ils y ont accès, les guide vers leur bébé. Bébé, lui aussi, déploie, dès la naissance, des comportements innés d’attachement (théorie de John Bowlby)³ qui lui garantissent la proximité d’un adulte (et donc sa survie). Il sait, dès la naissance, chercher le sein et téter. Il agrippe le sein, le doigt, suit du regard. Une fois qu’il se déplace à quatre pattes, il vous suit partout (même aux toilettes !). Il sourit et identifie l’impact de ce sourire sur la personne qui prend soin de lui, développant l’interactivité. Il pleure pour communiquer son inconfort, son désarroi, ses émotions. Parent aujourd’hui, bébé hier… Nous connaissons le code : nous avons simplement besoin de nous en rappeler et de découvrir toute la finesse de ce langage.

 

1. Le massage des bébés : Bien-être et harmonie dans la relation parents-enfants, Vimala Mc Clure,

Éditions Sand-Tchou (2004).

2. Tout un chapitre y est consacré dans notre Guide des couches lavables et autres alternatives aux

jetables.

3. Attachement et perte. Volume 1, L'attachement, John Bowlby, Presses Universitaires de France (5e

édition de 2002, traduction française du livre écrit en 1969).